c'est plus un billet d'humeur. Alors, passez votre lecture si ce genre d'exercice vous agace, ou si vous êtes là pour rigoler. C'est pas le jour... misère.
Quand j'étais ado, comme bon nombre de mes copines, je rêvais de sauver le monde. Jeune adulte, je vendais des biscuits pour Sentinelles, l'association d'Edmond Kaiser, et je faisais signer toutes sortes de pétitions en faveur de mes amies les bêtes. J'y croyais dur comme fer.
Aujourd'hui, je ne vends plus de biscuits... je les mange. Il m'arrive encore de faire signer des pétitions, mais plus dans la rue... En 2010 et 2011, c'était pour les phoques et contre la corrida, deux combats menés par Franz Weber. Comme tous les idéalistes utopiques, il en a traversé des déceptions, des chagrins, des colères, cet homme-là.
Mais il a aussi gagné quelques combats, donc celui de la corrida, justement. il aura voué sa vie à défendre avec ferveur ses convictions. J'aime ces gens combattants qui consacrent leur énergie à soulever des montagnes pour changer les choses. C'est peut-être pour ça qu'ils peuvent paraître agaçants. Mais c'est aussi pour ça qu'ils méritent le respect. Même si leurs causes ne sont pas toujours honorables.
Ces temps-ci, c'est notre fille Marie qui rêve de changer le monde. Elle imagine comment elle pourrait aider les pauvres gens et sauver les animaux. Ah, tout ce qu'elle ferait si elle avait beaucoup d'argent! J'aime l'écouter s'enflammer, exposer des projets, . Elle me donne envie de redevenir ado, quand j'y croyais aussi.
La misère, on la croise dans les rues du monde entier, donc forcément aux Etats-Unis aussi.
On l'a vue au Big Bend avec les Mexicains; on la voit régulièrement sur la route, lorsqu'on est arrêté à un feu et que des pauvres diables viennent à notre fenêtre quémander quelques sous;
on la voit dans les rues à travers le regard des mendiants, parfois sévèrement handicapés, parfois non;
on la devine dans les habitations qu'on aperçoit depuis notre maison lorsqu'on trace la route;
ou encore l'autre jour, ce couple qui campait dans un terrain vague à côté du Walmart de Carlsbad City et qui trimballait sa vie dans un caddie.
A chaque fois, c'est un pincement au coeur. Alors, on donne quelques dollars, pas pour se donner bonne conscience, juste par pitié. C'est pas très glorieux, mais c'est comme ça. Du moment qu'on a le nécessaire, le reste s'appelle du superflu. Et du moment qu'on a du superflu, on peut bien en partager un peu, non?
Aujourd'hui, 7 avril, on est tranquille dans un joli coin réservé aux tentes et camping-car à deux pas de la petite ville de Chinle et du canyon de Chelly, raison de notre étape ici. Nous sommes au coeur de la réserve indienne navajo. Ce territoire comprend une dizaine de parcs nationaux, dont le Canyon de Chelly et Monument Valley: 175'000 navajos répartis sur 69'000 km2... quand on sait que la Suisse recouvre 41'290 km2, ça donne une petite idée...
Ce matin, Marc est venu frappé à la porte pour nous proposer d'acheter une de ses oeuvres. On connait son nom car il a signé devant nous la pierre qu'il a gravée de dessins symboliques. On lui l'a achetée 20 dollars
C'est la suite logique de notre journée d'hier, quand on est arrivé à Chinle.
Déjà aux abords de cette petite ville, on sent la misère. Elle nous pique les yeux. Et quand on entre dans la ville, elle nous serre le coeur. Ca commence par les chiens et les déchets qui trainent un peu partout, donnant au paysage air de désolation. Pas de grandes et belles maisons ici.
Plutôt des shotgun houses (voir message du blog "Home, sweet home" fin mars), des mobilhomes et quelques hogan, l'habitation ronde traditionnelle indienne. Et quand même un quartier de maisons pas trop mal.
On n'est pas parqués devant le supermarché que déjà, un pauvre bougre frappe à la fenêtre pour nous demander un p'tit quelque chose. OK, on lui donne. On va boire un truc au Burger King à côté. On n'est pas ressorti qu'un autre pauvre bougre nous rejoint devant la maison et nous demande un p'tit quelque chose. Celui-là, il sent l'alcool à plein nez. pffffff, on donne quand même. Apparemment, ils se sont donné le mot car ils sont une poignée à nous scruter de loin, comme s'ils se préparaient à venir chacun leur tour. On démarre.
Les habitants de la ville de Chinle sont des Indiens Navajos. Je vous raconte leur histoire dans le prochain message.
Allez, on va pas se laisser abattre. Je conclus positif, avec cette photo que j'aime beaucoup
(une sculpture, ou un totem, c'est comme vous voulez) et en allant rejoindre Coluche sur You Tube (misère, misère...) Pas facile de faire rire avec des sujets tabous. Lui, en la matière, c'était le roi!